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[ BooK ] Les Grands Bouleversements Terrestres

( Immanuel Velikovsky )

Publié le 14 octobre 2004 - Modifié le jeudi 14 avril 2005 :: 3472 visites robots/humains. ( Popularité: 13)

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Immanuel Velikovsky inspire René Barjavel en 1966 et déclenche la censure de Sciences et Avenir en 2003

La première carte mondiale des fonds marins a été dressée par les sous-marins américains dans le cadre d’un programme top-secret mené pendant la guerre froide par l’agence de renseignements NSA*. Dans les années 1970 les scientifiques ont été totalement surpris lorsque l’US Navy et la NSA ont rendu publique cette carte où la Terre semble avoir été tordue par une main géante.

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Carte des fonds marins de la Terre
Cette carte n’était bien entendu pas disponible lorsque Velikovsky a écrit ce livre. En revanche, plus d’un géologue ( de l’époque ) a été étonné par l’incroyable justesse analytique de Velikovsky.

La chaîne dorsale, enfouie sous l’océan Atlantique, sépare les Amériques ( à gauche ) de l’Europe-Afrique ( à droite ).

Avec son roman La Nuit des Temps, René Barjavel s’était ouvertement inspiré des Grands Bouleversements Terrestres donnant à l’un de ses personnages les traits d’Immanuel Velikovsky :

« Le géographe danois, exulte : il avait toujours soutenu la théorie si controversée d’un basculement du globe terrestre. Il en avait apporté des preuves multiples, qu’on lui réfutait une à une* ».

René Barjavel avait mis en scène une équipe de scientifiques français en mission au Pôle Nord. En effectuant des carottages sous-glaciaires, ils découvrent deux êtres humains, un homme et une femme, gelés mais maintenus en vie par un système complexe dont la technologie leur échappe. Après une série d’aventures toutes plus réalistes les unes que les autres, un groupe de savants internationaux parvient à réveiller la femme, sorte de nouvelle Eve qui leur dessine la carte du monde où elle avait vécu. Stupéfaits, les scientifiques finissent par comprendre qu’entre-temps, la Terre s’était... retournée :

« Un cataclysme brutal a fait tourner la Terre sur un axe équatorial, bousculant les climats en quelques heures, peut-être en quelques minutes, brûlant ce qui était froid, glaçant ce qui était chaud, et submergeant les continents de masses énormes d’eaux océanes arrachées à leur inertie. (...) Les deux Amériques occupent l’écran. Mais le basculement du globe les a mises dans une position étrange. Elles se sont inclinées, celle du Nord vers le bas, celle du Sud vers le haut* ».

Tout est dit par « la théorie si controversée d’un basculement du globe terrestre. Il en avait apporté des preuves multiples, qu’on lui réfutait ». En effet, le Dr Velikovsky a payé très cher son audace et personne à l’époque aux Etats-Unis ne s’était précipité pour le soutenir. Comme tous les messagers apportant de mauvaises nouvelles, il a été médiatiquement lynché pour avoir osé dire tout haut ce que les géologues ( y compris Darwin ) n’avaient même jamais osé penser tout bas malgré toutes les preuves accablantes qui s’étalaient au grand jour devant eux.

En psychologie, on appelle cela le « déni ».

La Terre, notre jolie planète bleue, la Gaïa nourricière, n’avait pas pu vivre une chose pareille. C’était impossible.

On ne peut reprocher qu’une seule chose à Immanuel Velikovsky : ne pas avoir pris des gants pour le dire. Il a jeté un pavé dans la mare des géologues et s’est étonné d’avoir été éclaboussé. Néanmoins, depuis 1952, les preuves de ce qu’il affirmait se sont accumulées : au cours des 80.000 dernières années, la Terre s’est renversée au moins à trois reprises. Et sur 600 millions d’années, les pôles ont changé de place plus de 200 fois !

Imaginez quelques instants que notre planète se retourne soudainement et expose en quelques secondes ses flancs auparavant glacés au Soleil et vice-versa... Même aujourd’hui, les paléomagnétistes* essaient d’arranger l’information afin que cela nous effraye le moins possible. A propos des mammouths par exemple, les scientifiques disent qu’ils « se sont perdus dans un blizzard. Ils n’ont pas été gelés en une fraction de seconde** ». Ils n’expliquent pas d’avantage pourquoi les cavernes chinoises, françaises, américaines sont emplies de squelettes de milliers d’animaux terrestres mélangés avec des poissons. Comme d’habitude avec les questions gênantes, on se retrouve avec des explications embrouillées et vagues. Quelles qu’elles soient, Velikovsky ne peut de toute façon qu’avoir tort.

Voici comment la presse « scientifique » se débrouille pour, c’est le cas de le dire, le censurer. Ce n’est même pas l’analyse de l’éditeur mais celle de Marc Lalvée, qui, en 2004, dans le cadre du doctorat en Sciences de l’Information et de la Communication*** à Lille 3 a traité le sujet :

« Mondes en Collision » et « Planète X » dans la presse de vulgarisation scientifique et la presse de vulgarisation ésotérique : Analyse comparative de deux types de communication en action****.

« Le thème que nous avons retenu est l’ensemble des catastrophes naturelles ( volcanisme, séismes, cyclones, raz-de-marée, inondations, astéroïdes, perturbations climatiques, etc. ) sur la période 1993-2003 dans les revues de vulgarisation scientifique Sciences et Avenir et Science et Vie d’une part, et dans diverses revues de vulgarisation ésotérique sur cette période d’autre part ( Facteur X, Le Monde de l’Inconnu, Top Secret ).

La référence dans un article de revue de vulgarisation ésotérique de mai 2003 à un article d’astronomie de Science et Vie de février 2003 ainsi que la parution quasi simultanée de deux dossiers portant sur une thématique commune, l’un dans Sciences et Avenir ( n°680, octobre 2003), l’autre dans la revue de vulgarisation ésotérique Le Monde de l’Inconnu ( « le magazine de l’histoire mystérieuse et de la recherche spirituelle », n°305, 15 septembre - 15 novembre 2003 ) nous fournissent l’occasion de développer une analyse comparative de deux types de communication en action, d’en cerner les formes et les figures, les spécificités propres, les différences et convergences ainsi que les enjeux. (...)

L’un des articles du dossier « Les colères de l’univers » de Sciences et Avenir ( octobre 2003, p. 46-48 ) s’intitule par exemple « Mondes en Collision » et évoque des « planètes nées d’un processus destructeur » ( notamment pour la Terre, par un basculement de l’axe des pôles ) sans qu’à aucun moment dans le dossier ne soit cité l’ouvrage de Velikovsky qui porte pourtant le même titre, traite précisément de ce sujet depuis 1950 et dont une nouvelle édition française est parue en mars 2003. On semble ainsi assister à une sorte d’« appropriation silencieuse » par la vulgarisation scientifique ( par la science ? ) de thèmes rejetés par la communauté scientifique à une certaine époque mais semblant être admis aujourd’hui dans le champ scientifique sans référence aux sources premières ».

C’est formidable n’est-ce-pas ? La revue Sciences et Avenir réalise un dossier « Mondes en Collision » en réussissant à ne jamais citer Velikovsky tout en lui prenant le titre ET le sujet de son livre ! Les lecteurs ne doivent surtout pas être informés de l’existence de ce livre.

Pour Immanuel Velikovsky, les choses pourtant sont très simples ; d’ailleurs il suffit d’ouvrir les yeux, les preuves se dressent un peu partout autour de nous, tellement visibles et évidentes, si énormes, que, comme toutes les choses évidentes, on ne les voit pas du premier coup. En 2004, les géologues ont fini par reconnaître que « Immanuel Velikovsky est le père du catastrophisme », mot il est vrai peu agréable à entendre.

Les Grands Bouleversements Terrestres est un livre dur à lire, dur parce qu’après avoir été traîné dans la boue à cause de Mondes en Collisions, l’auteur s’est efforcé de ne jamais citer des sources littéraires, religieuses et folkloriques afin de ne laisser que des témoignages solides, « les témoignages des pierres » difficilement niables.

Le merveilleux style littéraire de Mondes en Collision a laissé la place ici à un style froid, sans doute en corrélation avec sa thèse sur la glaciation, un style austère, presque universitaire. Mais ce style n’enlève rien à ses analyses qui, même aujourd’hui, ont conservé leur pertinence et leur qualité visionnaire. Ainsi, dans ce livre, Velikovsky affirme que :

- la dernière grande glaciation est beaucoup plus récente qu’on ne le pensait et les changements de climat ont été particulièrement subits ( thème du film « Le Jour d ’après » ).

- toutes les grandes civilisations ( Egypte, Crète, Troie, etc. ) ont été plusieurs fois abattues à la suite de grands cataclysmes.

- de fait, l’Age de Bronze s’est brusquement terminé à la suite de ces catastrophes.

- les inscriptions minoéennes ( linéaire B ) découvertes en Crète sont d’origine grecque. Environ 6 ans après la publication du premier livre de Velikovsky, Michael Ventris finit par décrypter le linéaire B et tomba effectivement sur du grec ancien ou archaïque.

Les Grands Bouleversements Terrestres établissent avec le détachement d’un médecin légiste les traumas subis par la Terre, des traumas qui ont laissé des traces indélébiles dans nos rochers, dans nos montagnes et sur nos paysages. Grâce à Velikovsky, ces rochers géants posés au milieu d’un champ, à des milliers de kilomètres de la montagne la plus proche prennent une nouvelle dimension, une dimension dramatique.

Préface du Dr Velikovsky de la e édition américaine des « Grands Bouleversements Terrestres »

Voici déjà près de trente ans que la première édition de ce livre prenait place sur les rayons des libraires. Au cours des années qui suivirent, la course à l’espace s’emballa et la compréhension des mystères de l’espace fut comparable à une révélation. La Terre, le système solaire, notre galaxie et tout ce qui l’entoure, jusqu’alors symboles de calme et de sérénité, devinrent soudain des mondes agités. La Terre n’est pas le jardin d’Eden, subissant une évolution lente, et pacifique sur un nombre incalculable de siècles - pour ne pas dire l’éternité - afin que l’orogénèse, progressant lentement, prenne fin avec l’ère tertiaire où, pendant des millions d’années, il n’y eut jamais d’autres événements que la chute de grosses météorites... Pour beaucoup de scientifiques, la Terre a toujours été une planète paisible suivant imperturbablement son orbite sur un calendrier précis, sans changer de latitude et laissant ses sédiments s’accumuler avec une précision digne d’une pesée d’apothicaire ; pourtant, elle dissimule encore quelques mystères non résolus mais assurés de trouver leurs solutions dans le cadre d’un système où les corps célestes suivent leurs rondes immuables avec la régularité d’une horloge suisse. La Terre, avec ses marées prévisibles et ses saisons aurait donc été un stade où s’affrontèrent les mammifères, les araignées, les vers, les poissons et les oiseaux. Tous ces êtres auraient évolué uniquement à cause de la compétition entre les espèces, tous descendants d’un ancêtre commun, la créature unicellulaire primitive. Refusant de croire que de terribles cataclysmes aient pu affecter sa planète, l’homme rangea cette idée au rang de croyance religieuse ou ésotérique avec un Lucifer et une Apocalypse. Cependant, l’homme découvrit aussi les indices irréfutables témoignant de ce passé terrifiant de sa planète, comme par exemple les cendres d’origine étrangère recouvrant les fonds sous-marins, eux-mêmes entaillés par un immense cañon ( qui traverse tous les océans ) preuve matérielle d’une torsion phénoménale et la Terre, frémissante de douleur, vit la position de ses pôles bouger, puis s’inverser à plusieurs reprises.

La Lune n’est pas seulement cette planète romantique qui illumine nos nuits, elle est aussi un monde sans vie où règne le chaos avec ses millions de mètres carrés déformés, fondus et boursouflés dont les significations nous échappaient encore. Notre Soleil resplendissant envoie des vagues de plasma vers les planètes voisines qui, pour se protéger contre de telles démonstrations amoureuses, lui opposent leurs ceintures magnétiques. Elles diffusent même des messages par ondes hertziennes pour exprimer les angoisses de leurs âmes inorganiques, ainsi que d’autres signaux radio, résultant du choc de galaxies en collision qui parviennent aussi jusqu’à nous.

Cet univers d’apparence si placide n’est qu’un vaste nuage traversé par des radiations dont certaines sont mortelles, parcouru par des fragments de matières désagrégées, où résonnent des cris d’alarme provenant de toutes les directions.

Le seul sentiment de sécurité tient à la conviction qu’aucun désagrément majeur puisse arriver à l’homme, joyau de la Création, car il est impensable que cela puisse résulter de la décision d’un dieu bienveillant. L’idée que le système solaire vient tout juste de voir la fin des combats entre les dieux ( décrits par les Anciens ) pour entrer dans une phase de calme relatif ( peut-être une très longue période, comparée à une vie humaine ) est un concept très plausible. Plausible l’est aussi celui qui affirme que pour conjurer la plupart de ces périls, une solution appropriée se serait naturellement mise en place ou, qui sait ?, ordonné par une intelligence supérieure et protectrice. En effet, l’ionosphère nous garde des redoutables rayons ultra-violets et d’autres radiations nocives, tout comme le bouclier magnétique ( engendré par la rotation terrestre permanente ) exerce un contrôle sur les rayons cosmiques ; et, bien que la Terre ne soit pas le centre de l’univers comme on le croyait il n’y a pas si longtemps, notre planète se déplace à une distance du Soleil qui lui procure une chaleur suffisante afin que sa réserve d’eau ne s’évapore, ni ne gèle ; en d’autres termes, pour qu’elle conserve une atmosphère humide favorable aux créatures vivantes.

Toutes les formes de vie qui ont évolué pendant les grands bouleversements terrestres se trouvent maintenant dans une ère de prospérité et d’abondance. Quant à l’homme, il conquiert l’Espace ; mais, frappé d’amnésie, il a oublié les bouleversements tragiques de son proche passé et joue dangereusement avec l’atome après en avoir maîtrisé la fission ; en somme, il est peu éloigné de son ancêtre qui inventa le feu en frottant le silex.

Préface de la première édition française

Ce livre retrace les catastrophes effroyables subies par la planète Terre au cours de l’histoire : toutes les pages qui suivent sont remplies de pièces à conviction fournies par les montagnes, et dont le puissant témoignage n’a d’égal que le mutisme des cadavres et des squelettes qu’elles contiennent.

Un nombre incalculable d’êtres sont nés sur notre minuscule planète ronde suspendue dans le vide intersidéral. Beaucoup ont connu une mort naturelle, d’autres ont été engloutis au sein des couches tectoniques par de bouleversements monumentaux pendant lesquels les continents et les mers ont rivalisé de fureur destructrice. Les milliards et les milliards de poissons qui peuplaient les océans cessèrent brusquement de vivre et certaines espèces disparurent sans laisser de survivants. D’autres variétés d’animaux s’éteignirent tout aussi brusquement parce que cette terre et cette eau sont soudainement devenues si violentes qu’elles détruisirent une partie du règne animal, humanité comprise.

Il n’y eut ni abri, ni refuge : le sol et la mer changèrent plusieurs fois de place, le premier s’asséchant pour submerger le second. Dans Mondes en Collision, j’ai décrit deux de ces catastrophes ( les dernières en date ) qui ont ravagé notre Terre, respectivement 2000 ans et 1000 ans avant JC. Sachant que ces bouleversements se passèrent alors que l’écriture avait déjà été perfectionnée par les civilisations anciennes, je me suis servi de documents historiques, m’appuyant sur des cartes des cieux, des clepsydres, des calendriers, des cadrans solaires découverts par les archéologues ; j’ai aussi emprunté des éléments à la littérature classique, aux épopées nordiques, aux multiples sagas toujours vivantes chez les peuples primitifs, de la Laponie jusqu’aux mers du Sud. Je donnais toutes les informations d’ordre géologique concernant les faits cités dans les textes antiques ou rapportés par les traditions orales quand j’estimais que le témoignage immédiat des pierres devait être présenté en même temps que celui de l’Histoire. Je terminais mon enquête en promettant de raconter dans un livre suivant des cataclysmes antérieurs assez semblables, l’un d’entre eux étant le Déluge.

Après avoir rassemblé une documentation importante, j’avais l’intention d’apporter les preuves géologiques et paléontologiques qui auraient étayé ma démonstration. Mais l’accueil réservé à Mondes en Collision par certains milieux scientifiques m’a convaincu qu’avant de présenter ces événements tragiques, il importait de présenter au moins quelques unes des « dépositions » faites par les pierres qui s’imposent avec autant de puissance que celles parvenues jusqu’à nous grâce aux traditions orales, et sous forme d’écrits dont les métaphores ne sont jamais sibyllines : certaines pages de l’Ancien Testament et de l’Iliade se passent de toute interprétation.

Les pierres, les rocs, les montagnes et les fosses sous-marines comparaîtront donc à la barre des témoins. Se souviendront-ils des temps relativement récents où l’harmonie du monde fut troublée par les forces naturelles qui ont enseveli d’innombrables êtres vivants pour les conserver presque intacts dans les roches ? Ces témoins muets ont-ils vu les océans envahir les continents et les terres glisser sous leurs eaux ? Le globe et l’étendue de ses mers ont-ils reçu des pluies de pierres ? A-t-il été couvert de cendres ? Les forêts ont-elles été déracinées par les ouragans, incendiées, submergées par les marées charriant le sable et les débris arrachés aux abîmes marins ?

J’évoque ici une partie de l’histoire du globe terrestre. J’ai supprimé de nombreux passages du Grand Livre de l’Humanité en omettant, intentionnel­lement, toutes les références à la littérature antique, aux traditions et aux folklores afin que les critiques ne puissent décrier la totalité de mon œuvre en la qualifiant de « contes et légendes ».

Les pierres et les ossements seront donc mes seuls témoins ; aussi muets qu’ils soient, ils s’exprimeront clairement, sans équivoque. Pourtant, certains lecteurs aux oreilles rétives, ne voulant pas accepter les preuves n’accepteront pas leurs dépositions. Moins la vision des choses sera nette, plus les protestations se feront criardes et obstinées. Mon livre n’a pas été écrit pour ceux qui ne jurent que par les Verba Magistri, seul enseignement acquis au cours de leurs études classiques. Aussi, libre à eux de le dénigrer sans le lire. « Dr Immanuel Velikovsky »

 1 Dans le Nord

 En Alaska

Au nord du mont Mac Kinley - le plus haut sommet de l’Amérique - le fleuve Yukon reçoit plusieurs affluents, dont la rivière Tanana. Dans ces vallées, on extrait de l’or et surtout du muck, sorte de masse congelée constituée d’animaux et d’arbres. Voici comment F. Rainey de l’University of Alaska, décrit les lieux :

« Dans le district de Fairbanks, de larges coupures, souvent longues de plusieurs kilomètres et parfois profondes de plus de 40 mètres, sont ouvertes le long des vallées tributaires de la rivière Tanana. Afin d’atteindre les veines de gravier, on enlève d’abord une couche supérieure de boue congelée, ou muck, avec des des excavateurs hydrauliques géants. Ce muck contient d’immenses quantités d’ossements d’espèces animales éteintes, telles que le mammouth, le mastodonte, le bison géant et le cheval ».

Ces espèces n’ont disparu que très récemment. Les dernières estimations situent leur extinction à la fin de l’époque glacière ou peu après. La terre de l’Alaska a recouvert leurs cadavres, mais mélangés à d’autres animaux dont les espèces existent encore ! Qu’est-ce qui a déclenché cette hécatombe au cours de laquelle des millions d’êtres vivants ont été mutilés et mélangés aux arbres déracinés ? Hibben de l’University of New Mexico écrit :

Bien que la formation des dépôts de muck soit énigmatique, il est manifeste qu’une partie au moins est arrivée là dans des conditions catastrophiques. Les restes de mammifères sont en majorité démembrés et désarticulés ; mais grâce à la congélation, certains fragments ont conservé des ligaments, des lambeaux de chair et de peau encore couverts de poils. Des arbres tordus, déchirés sont empilés en masses séparées. Malgré leurs formes gondolées et tordues, on peut distinguer dans ces dépôts au moins quatre grandes couches de cendres volcaniques.

Se pourrait-il qu’un sursaut d’activité volcanique ait tué la faune de l’Alaska, et que les cours d’eau aient par la suite transporté les corps de ces animaux ? Une éruption volcanique aurait évidemment brûlé les arbres mais sans les déraciner, ni les déchirer. De plus, si elle avait tué les animaux, elle ne les aurait pas démembrés. La présence des cendres volcaniques montre qu’elle a bien eu lieu, et même à quatre reprises pendant la même époque ; mais il est aussi évident que les arbres n’ont pu être arrachés et déchiquetés que par un ouragan, par une inondation ou par les deux. Les animaux ont été broyés par une vague énorme qui a soulevé, arraché, transporté, écrasé, réduit en morceaux et enterré des millions de corps et autant d’arbres. Il faut ajouter que plusieurs volcans n’auraient pas suffi à provoquer une telle catastrophe sur une étendue aussi vaste : des dépôts de muck, analogues à ceux de la rivière Tanana existent aussi sur les berges de la rivière Koyukuk qui se jette dans le Yukon, et sur toute la longueur de la rivière Kuskokwim qui débouche dans la mer de Béring, ainsi que sur d’autres sites arctiques.

On peut donc « considérer qu’ils s’étendent en plus ou moins grande épaisseur sur toutes les zones n’ayant jamais été glacées de cette péninsule nordique ». Pourquoi les océans Arctique et Pacifique auraient-ils arraché forêts et animaux pour ensuite rejeter toute cette masse confuse en grands tas éparpillés sur le territoire... N’était-ce pas plutôt une révolution tectonique dans l’écorce terrestre, qui a aussi entraîné des éruptions volcaniques et couvert la péninsules de cendres ?

A différents niveaux du muck, on a trouvé des outils de pierre « congelés in situ à de grandes profondeurs, manifestement associés à la faune de la période glaciaire », ce qui implique qu’en Alaska « des hommes furent contemporains d’animaux maintenant disparus ». A plusieurs reprises, on y a découvert des silex taillés de forme caractéristique ( appelés pointes Yumas ) à 30 mètres de profondeur. On a même retrouvé ces pointes entre une mâchoire de lion et une défense de mammouth ! Des armes similaires étaient employées il y a quelques générations uniquement par les Indiens de la tribu Athapasca occupant la vallée de la Tanana. « On a également remarqué que les harpons des Esquimaux modernes ressemblent étrangement aux pointes yumas ». Tous ces détails indiquent que ce carnage d’animaux et de forêts ne remonte qu’à seulement quelques millénaires.

 Les îles de l’ivoire

Le littoral arctique de la Sibérie est froid, désert et inhospitalier. La mer est navigable pendant deux mois par an, et encore, uniquement pour les bateaux briseurs de glaces. De septembre à la mi-juillet, elle forme une étendue de glace continue. Les vents arctiques balaient ses toundras gelées où aucun arbre ne pousse et dont le sol n’est jamais cultivé. En 1878, au cours de son expédition à bord du Vega, Nils Adolf Erik Nordenskjöld, premier à emprunter cette route maritime nordique, longea la côte pendant des semaines sans jamais voir un seul être humain et ce depuis la Nouvelle-Zemble jusqu’au cap Shelagskoï situé près de l’extrémité Est de la Sibérie. Dans le nord de la Sibérie, on a toujours découvert des défenses de mammouth fossilisées ; elles étaient déjà vendues dans l’Antiquité du temps de Pline, c’est-à-dire au Ier siècle avant JC. Les Chinois excellaient dans l’art de le sculpter. Le commerce de ces défenses s’est poursuivi de 1582, date de la conquête de la Sibérie par le cosaque Yermak ( sous le règne d’Ivan le Terrible ) jusqu’à nos jours. La Sibérie a fourni au monde plus de la moitié de ses besoins : bien des touches de piano ou de boules de billard ont été fabriquées à partir de ces défenses de mammouth.

En 1797, le cadavre d’un mammouth intact avec sa chair, sa peau et ses poils fut trouvé dans le sol gelé sibérien ; d’autres ont été extraits depuis : « La viande avait l’aspect de bœuf récemment congelé ; elle était comestible ; des loups et des chiens de traîneau en mangèrent sans problème et sans conséquence ». Le sol a dû rester gelé depuis le moment où ces mastodontes y ont été enfouis, car autrement ils se seraient putréfiés en un seul été et ne seraient pas restés intacts pendant des millénaires : « Il faut donc absolument en déduire que les corps ont été gelés immédiatement après la mort et qu’ils n’ont jamais dégelé une seule fois jusqu’au jour de leur découverte ». Bien plus au nord de la Sibérie, dans l’océan Arctique, à quelques 1000 km à l’intérieur du Cercle polaire, se trouvent les îles Liakhov ; elles ont pris le nom du chasseur qui, à l’époque de Catherine II, s’était aventuré dans cet archipel et avait découvert qu’elles abondaient en ossements :

La quantité de restes de mammouths était telle que l’île semblait véritablement formée d’ossements et de défenses d’éléphants cimentés par un sable glacé .

Les îles de la Nouvelle-Sibérie, découvertes en 1805 et 1806, ainsi que celles de Stolbovoï et de Belkov plus à l’ouest, offrent le même spectacle : « Le sol de ces îles désolées est littéralement jonché d’ossements d’éléphants et de rhinocéros en nombre surprenant ». Elles sont couvertes « d’os de mammouths. La quantité de défenses, de dents d’éléphants et de cornes de rhinocéros trouvée dans la Nouvelle-Sibérie (...) est ahurissante et surpasse tout ce qu’on a pu découvrir jusqu’à ce jour ». Ces animaux s’y étaient-ils installés en passant sur la glace et pourquoi ? De quoi avaient-ils pu se nourrir ??? Pas des lichens des toundras sibériennes en tout cas, recouvertes de neige épaisse pendant la plus grande partie de l’année ; encore moins de la mousse des îles polaires gelées 10 mois sur 12 : les mammouths appartenant à la famille vorace des éléphants avaient besoin de copieuses rations « végétariennes ». Comment ces grands troupeaux auraient-ils pu vivre dans un pays comme la Sibérie qui est considérée comme le pays le plus froid du monde et où il n’y avait pas d’alimentation qui leur convenait ? Des défenses de mammouths ont été même été ramenées dans les filets du fond de l’océan Arctique ; après les tempêtes qui sévissent dans ces parages, le littoral est parsemé de défenses rejetées par les vagues. D’après certains, cela indique que le fond de cet océan ( entre les îles et le continent ) était autrefois à sec et permettait ainsi le passage des pachydermes.

Le grand paléontologue français Georges Cuvier estimait qu’au cours d’un séisme continental, la mer ayant envahi les terres, les troupeaux de mammouths avaient péri ; puis, dans un second mouvement spasmodique, les eaux s’étaient retirées en laissant les cadavres derrière elles. Cette catastrophe avait dû s’accompagner d’une chute soudaine de la température et le gel les avait préservés de la décomposition. Chez quelques-uns même, quand ils furent découverts, les prunelles étaient intactes !!

Charles Darwin n’admettait pas que de tels faits se soient produits. Dans une lettre adressée à Sir Henry Howorth, il reconnut que l’extinction des mammouths sibériens constituait à ses yeux un problème insoluble. L’éminent géologue américain J. D. Dana écrivit : « Le fait que d’énormes éléphants soient enveloppés dans la glace et le parfait état de conservation de la chair montrent que le froid est devenu soudainement extrême, comme en une seule nuit d’hiver et qu’il n’y a pas eu de radoucissement par la suite ». On a trouvé dans l’estomac et entre les dents des mammouths des plantes et des herbes qui ne poussent pas de nos jours dans le nord de la Sibérie : « Les estomacs et leur contenu ont été soigneusement examinés ; ils renfermaient, non digérées, des feuilles d’arbres existant actuellement dans le sud de la Sibérie, bien éloigné de ces gisements d’ivoire. L’étude au microscope de la peau a révélé la présence de globules rouges dans le sang, ce qui prouve [ deux choses ] : la mort a été subite, et la mort a été causée par asphyxie, que cette asphyxie soit due à des gaz ou à de l’eau ( manifestement l’ultime cause possible dans ce cas ) ». Mais l’énigme subsistait : « Comment expliquer la congélation subite de ces énormes masses de chair, comme si elles avaient conservées pour le futur ? »

Quel phénomène a pu entraîner un changement subit du climat de la région ? Aujourd’hui, le pays ne produit pas de nourriture pour les grands quadrupèdes ; le sol est aride et ne donne que des mousses et des champignons durant quelques mois. Or les mammouths ne s’en contentaient pas ; ils n’étaient d’ailleurs pas les seuls à paître au nord de la Sibérie et dans les îles de l’océan Arctique. Sur l’île Kotelnoï « Il n’y a ni arbustes ni buissons... Dans cette contrée sauvage et glacée, on trouve pourtant des os d’éléphants, de buffles et de chevaux en quantités qui défient tout calcul ».

En 1806, quand Hedenström et Sannikov découvrirent les îles de la Nouvelle-Sibérie, ils trouvèrent au milieu de cette « région déserte et reculée » de l’Arctique « d’immenses forêts pétrifiées ». Elles se voyaient de plusieurs dizaines de kilomètres. « Dans ces ruines d’anciennes forêts, les troncs de certains arbres étaient debout ; d’autres gisaient horizontalement, à demi enterrés dans le sol gelé ; ils couvraient une étendue considérable ». Hedenström les décrivit ainsi : « Sur la côte de la Nouvelle-Sibérie, on rencontre de remarquables collines de bois [ amoncellement de troncs ] ; elles font 50 mètres de hauteur et sont faites de couches horizontales de grès qui alternent avec des couches de poutres bitumineuses ou troncs d’arbres. Lorsqu’on les parcourt, on rencontre partout du charbon de bois fossilisé, apparemment recouvert de cendres ; mais, en y regardant de plus près, on constate que ces cendres sont également pétrifiées et si dures qu’on peut difficilement en couper un petit morceau au couteau ». Certains troncs sont fichés verticalement dans le grès, leurs extrémités brisées.

En 1829, le scientifique allemand G. A. Erman se rendit aux îles Liakhov et de Nouvelle-Sibérie pour y mesurer le champ magnétique terrestre et s’étonna de voir le sol jonché d’os d’éléphants, de rhinocéros et de buffles. Au sujet des entassements de bois, il écrivit : « En Nouvelle-Sibérie, sur pentes exposées au Sud, on trouve de véritables collines de bois rejetés par la mer et hautes de 70 à 90 mètres dont l’origine ancienne (...) s’impose immédiatement à l’esprit des chasseurs les moins instruits. D’autres collines de cette île, tout comme celles de l’île située plus à l’ouest ( Kotelny ), sont composées de squelettes de pachydermes, de bisons etc. entassés sur une même hauteur, cimentés ensemble tant par du sable congelé que par des couches et des veines de glace... Sur le sommet de ces singulières collines des troncs d’arbres gisent les uns sur les autres, dans le plus grand désordre, soulevés en dépit de la pesanteur, leurs cimes brisées ou éclatées comme s’ils avaient été violemment projetés et amassés sur les pentes en venant du Sud ». Eduard von Toll fit plusieurs voyages aux îles de la Nouvelle-Sibérie entre 1885 et 1902, année de sa mort dans l’océan Arctique. Il examina les « montagnes de bois » et « constata qu’elles étaient faites de troncs d’arbres carbonisés, portant des empreintes de feuilles et de fruits ». Sur Maloï, une des îles de l’archipel Liakhov, il trouva des ossements de mammouths et d’autres animaux mêlés à des troncs d’arbres fossiles, ainsi qu’à des feuilles et à des pommes de pin. « Cette étonnante découverte prouve qu’aux époques où les mammouths et les rhinocéros vivaient dans le nord de la Sibérie, ces îles désolées étaient couvertes de grandes forêts et d’une végétation luxuriante ». Un formidable ouragan avait apparemment déraciné et emporté les arbres de la Sibérie vers l’extrême Nord ; des vagues gigantesques les avaient empilés sous forme de grosses collines et un agent de nature bitumineuse les avait transformés en charbon de bois, avant ou après qu’ils aient été déposés et cimentés dans des masses de sable qui s’est desséché et durci en grès. Ces forêts ont été arrachées au nord de la Sibérie, précipitées dans l’océan, et, mêlées aux os d’animaux et aux tas de sable... Elles ont formé les îles ! Il se peut d’ailleurs que les arbres brûlés, les mammouths et les autres animaux n’aient pas été tous détruits et emportés par une seule catastrophe. Il est plus probable qu’un cimetière « flottant » composé d’arbres et d’animaux ait été charrié sur la crête d’un monstrueux raz-de-marée et que celui-ci, en se retirant, ait tout laissé tomber sur un cimetière plus ancien, situé loin à l’intérieur du Cercle polaire.

Les scientifiques qui avaient exploré les lits de muck en Alaska ne comprirent pas : ils ne relevèrent pas la similitude qui existe entre les restes d’animaux qu’ils avaient vus et les restes d’animaux qu’on avait trouvés bien avant ( et qu’on trouve encore ) dans les îles arctiques et les régions polaires de Sibérie. Ils ne pensèrent pas à une cause commune. L’exploration des îles de la Nouvelle-Sibérie était l’œuvre d’académiciens des XVIIIe et XIXe siècles qui avaient suivi les chasseurs d’ivoire ; l’exploration de l’Alaska était l’œuvre des scientifiques du XXe siècle qui avaient suivi les machines des « chercheurs » d’or. Deux cas de figure quasiment identiques, deux observations, l’une ancienne, l’autre récente, pour une même région, le Grand Nord, quand on sait que l’Alaska n’est séparé de la Sibérie que par un détroit ? Avant de présenter d’autres observations réparties un peu partout sur le globe, je passerai en revue quelques théories à propos de notre planète et du règne animal. Nous allons donc voir comment les anciens naturalistes expliquaient les phénomènes, comment ils les interprétaient sur le principe de « l’évolution lente », et comment certains faits récents ne collent plus vraiment avec l’idée d’un monde paisible modelé par une « lente évolution ».

 2 Révolution

 Les blocs de pierre erratiques

« Les océans recouvraient encore en partie les Alpes lorsqu’une violente secousse du globe ouvrit tout à coup de grandes cavités (...) et fit céder ou éclater un grand nombre de rochers. (...) En tombant de leur hauteur, les eaux se jetèrent vers ces abysses avec une violence extrême ; elles traversèrent de profondes vallées et arrachèrent d’énormes quantités de terre, de sable et de roche de toutes sortes. Cette masse, poussée par les torrents d’eau, fut dispersée sur les pentes jusqu’à une certaine hauteur, pentes où nous pouvons voir encore aujourd’hui tous ces fragments éparpillés ». C’est ainsi que l’éminent physicien et géologue suisse Horace Bénédict de Saussure expliquait la présence dans le Jura de pierres et de rochers venant des Alpes, la présence de restes marins sur les sommets alpins, et pourquoi les vallées alpines sont remplies de sable, de gravier et d’argile. Ces pierres du Jura ont été arrachées aux Alpes ; en effet, leur composition minérale diffère des formations rocheuses de leur nouveau site, montrant ainsi leur véritable origine, en l’occurrence alpine. On les appelle des « blocs erratiques ». Ceux du Jura sont situés à 600 mètres au-dessus de l’altitude du lac de Genève. Ils mesurent souvent des dizaines de mètres cubes ( celui de la Pierre-à-Martin dépasse 290 m3 ) . Seule une force colossale a pu les transporter à travers le fond du lac ( à sec ) et les monter jusqu’à leur place actuelle. On trouve des blocs erratiques un peu partout dans le monde. Sur les côtes britanniques et les plateaux des Highlands, il en existe des quantités ayant traversé la mer du Nord depuis les montagnes norvégiennes. D’autres sont partis de la Scandinavie pour se répandre en Allemagne, parfois de façon si dense qu’ils semblent avoir été amassés là par des maçons pour construire des villes ; certains, venus de Norvège, sont perchés sur les pentes du Harz ( massif presque au centre de l’Allemagne ). Des blocs de pierre sont aussi partis de Suède, ont survolé les pays Baltes et la Pologne, et ont atterri sur les Carpates. Un autre train de pierres a quitté la Finlande et a passé les collines du Valdaï et Moscou pour aller jusqu’au Don.

En Amérique, des blocs erratiques issus des granitsdu Canada et du Labrador se sont répandus sur les Etats du Maine, du New Hampshire, du Vermont, du Massachusetts, du Connecticut, de New York, du New Jersey, du Michigan, du Wisconsin et de l’Ohio ( tous au nord-est des U.S.A. ) ; ils se sont perchés sur les arêtes des montagnes, et gisent sur leurs versants ou au fond des vallées. On en voit sur la plaine côtière, sur les White Mountains et les Berkshires, en files parfois ininterrompues ; dans les monts Pocono, ils reposent en équilibre instable sur le rebord des crêtes. Un touriste attentif se promenant dans les forêts s’émerveillera devant les dimensions de ces rochers, amenés et abandonnés là jadis dans des empilements à faire peur. Certains sont énormes : le bloc près de Conway ( New Hampshire ) est long de 25 mètres, large de 12 et haut de 11, et pèse environ 10.000 tonnes, soit la charge d’un gros cargo. Le Mohegan qui domine Montville ( Connecticut ) est de même taille. Le grand bloc plat du comté de Warren ( Ohio ) pèse environ 13500 tonnes et recouvre presque un tiers d’hectare ; l’Ototoks, à 50 km. de Calgary ( Alberta ) se compose de deux morceaux de quartzite « provenant d’au moins 80 km » et doit peser dans les 18.000 tonnes. Néanmoins, ceux de 75 à 90 mètres de circonférence sont petits si on les compare à la masse de craie située près de Malmö en Suède : elle mesure « 4.800 mètres de longueur, 300 de largeur, avec 30 à 40 d’épaisseur et a été transportée sur une distance indéterminée... » Elle est exploitée commercialement. Sur la côte est de l’Angleterre, on trouve une dalle calcaire analogue « sur laquelle un village a été innocemment construit ».

Ainsi, un peu partout sur la Terre, sur certaines îles lointaines de l’Atlantique et du Pacifique comme sur celles de l’Antarctique, il existe des rochers d’origine étrangère qu’une force phénoménale a apportés de très loin. Arrachés aux crêtes des montagnes et aux falaises côtières, ils ont voyagé par monts et par vaux, franchissant indifféremment les terres et les mers.

 Les mers et les terres ont changé de place

Le plus célèbre zoologiste de la génération de la Révolution française et des guerres napoléoniennes fut Georges Cuvier, fondateur de la paléontologie des vertébrés, science des ossements fossiles et par là même des espèces animales éteintes. Etudiant les formations de gypse à Montmartre, ainsi qu’en France et en Europe, il constata des couches d’animaux ou de plantes ( tous terrestres et d’eau douce ) intercalées parmi les strates marines du milieu et du fond - plus ou moins anciennes ; parmi les strates récentes, des animaux terrestres étaient enfouis sous des amas de sédiments marins. Il parvint à cette conclusion :

Il est souvent arrivé que des terrains ( mis à sec ) aient été recouverts par les eaux : soit ils sont descendus dans l’abîme, soit la mer est simplement montée plus haut que leur niveau... Les irruptions et retraites répétées de la mer n’ont pas toutes été lentes ou graduelles : au contraire, la plupart des catastrophes qui les ont entraînées ont été subites ; ceci est particulièrement facile à prouver pour la dernière en date qui, par un double mouvement, a inondé puis laissé à sec nos continents actuels, ou du moins une grande partie du sol qui les forme aujourd’hui ». « Le fait que les plus anciennes strates [ de la Terre ] aient été mise en morceaux, levées et retournées, ne laisse aucun doute sur les causes subites et violentes qui les ont mises en l’état où nous les voyons maintenant ; même la force qui a animé la masse des eaux est attestée par les tas de débris et de galets qui s’interposent souvent entre les strates solides. La vie a donc été fréquemment troublée sur cette terre par des événements effroyables. D’innombrables êtres vivants ont été victimes de ces catastrophes : les uns, habitants de la terre ferme, se sont vus engloutis par des inondations, les autres, qui peuplaient les eaux, ont été mis à sec, le fond des mers s’étant brusquement rehaussé ; des espèces ont même disparu à jamais et n’ont laissé que quelques fragments commémoratifs à peine reconnaissables par le naturaliste ».

Cuvier fut surpris de constater que « la vie n’a pas toujours existé sur le globe » parce que des couches profondes ne contiennent pas la moindre trace d’êtres vivants. Déserte, la mer « semblait préparer des matériaux pour les mollusques et les zoophytes » : ils sont apparus et l’ont peuplée, puis quittant leurs coquilles, ils ont élaboré les coraux, d’abord peu nombreux puis en vastes formations. Le scientifique français pensait que des changements avaient opéré dans la nature ( et pas seulement depuis l’apparition de la vie ) car ces masses terrestres les plus anciennes semblaient elles aussi avoir subi de violents déplacements.

Dans le gypse des environs de Paris, il découvrit une couche calcaire avec plus de 800 espèces de coquillages marins ; sous ce calcaire se trouvait un dépôt d’argile issu d’une eau douce. Et parmi les coquillages ( tous d’eau douce ) il y avait aussi des os, mais, chose remarquable, ils appartenaient à des reptiles ( crocodiles et tortues ) et non à des mammifères. Une grande partie de la France était alors recouverte par la mer, puis elle est devenue un pays habité par des reptiles terrestres ; ensuite, ce processus mer/terre s’est répété deux fois, les mammifères prenant la place des reptiles. Chaque couche referme la preuve de son âge grâce aux os et aux coquilles de animaux qui y ont été ensevelis au cours de bouleversements successifs. Ce qui s’est passé dans le Bassin parisien s’est aussi produit ailleurs, en France comme en Europe. Les couches dévoilent que :

Le fil des opérations est rompu ; la marche de la Nature a changé ; et aucun des agents qu’elle emploie maintenant n’aurait suffi à produire ses œuvres antérieures. Nous n’avons aucune preuve que la mer puisse aujourd’hui incruster des coquilles dans des pâtes aussi compactes que les marbres, les grès ou même le vulgaire calcaire (...) En résumé, l’ensemble de tous les causes ( encore actives aujourd’hui ) ne ferait pas sensiblement varier le niveau de la mer et n’élèverait pas non plus une simple strate au-dessus de sa surface (...) On a prétendu qu’elle avait subi une diminution générale de niveau (...) En admettant qu’il y ait eu un baisse graduelle des eaux, que la mer ait transporté des matières solides dans toutes les directions, que la température du globe diminue ou augmente, aucune de ces causes n’aurait pu renverser nos strates, envelopper de glace les grands quadrupèdes avec leur chair et leur peau, exposer à l’air libre des [ animaux ] marins (...) et finalement détruire de nombreuses espèces et même des genres entiers ». Ainsi, nous le répétons, nous cherchons vainement des causes suffisantes à produire des révolutions et des catastrophes tracées et « signées » sur la croûte terrestre, dans des forces qui agissent aujourd’hui à la surface de la Terre .

Mais qu’est-ce qui pouvait avoir causé ces catastrophes ? Cuvier passa en revue toutes les théories de son époque mais ne trouva pas de réponse à la question qui le préoccupait. Il constata seulement qu’elles avaient bel et bien eu lieu. Après « tant d’effort infructueux », il sentit que sa quête était vaine. « Je peux dire que les idées que j’ai poursuivies jusqu’à l’obsession, m’ont quasiment torturé pendant mes recherches sur les ossements fossiles ».

 Les cavernes d’Angleterre

En 1823, un professeur de l’Université d’Oxford publia un ouvrage intitulé Reliquiae Diluvianae ( Les Reliques du Déluge ), avec pour sous-titre : « Observations sur les restes organiques contenus dans les cavernes, les fissures et le gravier diluvien, et sur les autres phénomènes géologiques attestant l’action d’un déluge universel ». Son auteur William Buckland comptait parmi les grandes autorités en matière de géologie pendant la première moitié du XIXe siècle. En visitant une grotte située à Kirkdale ( Yorkshire ), à 25 mètres au-dessus de la vallée, il découvrit des dents et des os d’éléphants, de rhinocéros, d’hippopotames, de chevaux, de cerfs, de tigres ( avec des dents « plus grandes que celles du plus grand lion ou du plus grand tigre du Bengale » ), d’ours, de loups, d’hyènes, de renards, de lièvres, de lapins, ainsi que des os de corbeaux, de pigeons, d’alouettes, de bécassines et de canards, le tout dans un sol couvert de stalagmites. La plupart des mammifères étaient morts « avant d’avoir perdu leurs dents de lait ». Bien avant Buckland, certains scientifiques avaient expliqué à leur façon la présence d’os d’éléphants sur le sol anglais. Buckland leur répondit que l’idée « qui a longtemps prévalu et qui satisfaisait les [ archéologues ] du siècle dernier, affirmant que ces os étaient les restes d’éléphants importés par les armées romaines, est réfutée : d’abord parce qu’ils appartiennent à une espèce éteinte - comme le prouve leur anatomie, ensuite parce qu’ils sont généralement mêlés à des os d’hippopotames et de rhinocéros, animaux qui n’auraient pas pu être affectés aux armées romaines, enfin parce qu’on en a retrouvé dispersés en Sibérie et en Amérique du Nord [ mais ] en quantité égale ou plus grande que dans les parties d’Europe qui ont été soumises à la puissance de Rome ».

Il est ainsi apparu que l’hippopotame, le renne et le bison cohabitaient à Kirkdale ; que l’hippopotame, le renne et le mammouth broutaient ensemble à Brentford, près de Londres ; et que le renne et l’ours gris demeuraient avec l’hippopotame à Cefn au Pays de Galles. Des squelettes de lemmings et de rennes ont été exhumés dans le Sommerset avec des os de lion et d’hyène, et ceux d’hippopotames, de bisons, de chevrotains porte-musc avec des silex taillés dans les graviers de la vallée de la Tamise. Dans la caverne française de Breugue, on a découvert des restes de renne avec des os de mammouth et de rhinocéros, à nouveau dans cette argile rouge avec les mêmes stalagmites. Toujours en France, dans une grotte à Arcy, on a trouvé des os d’hippopotame au milieu d’os de renne, ainsi qu’un silex travaillé.

D’après le Livre d’Isaïe ( 11:6 ) le léopard et le lion paîtront avec le chevreau et le veau dans les temps messianiques à venir... mais aucun prophète n’aurait pu prédire qu’un renne de la Laponie et un hippopotame du fleuve Congo vivraient ensemble en Angleterre et en France. Pourtant, ces animaux ont bien laissé leurs ossements dans la même boue, des mêmes grottes, avec ceux d’autres bêtes, dans un assortiment des plus étranges. Leurs ossements furent découverts dans des graviers et de l’argile auxquels Buckland a donné le nom de diluvium. Il cherchait « à établir deux faits importants : en premier lieu, qu’une inondation récente avait affecté la totalité du globe ; en second lieu, que les animaux dont on avait trouvé les os dans les restes naufragés de cette inondation étaient originaires des hautes latitudes du Nord ». La présence d’animaux tropicaux dans le nord de l’Europe « ne saurait être mieux expliquée en supposant qu’ils se livraient à des migrations périodiques (...) car, pour les crocodiles et les tortues, les longues migrations sont quasiment impossibles, ainsi que pour l’hippopotame, lourd et gauche quand il est hors de l’eau ». Mais alors, comment pouvaient-ils vivre dans le froid des îles Britanniques ? Buckland déclare : « Il est également difficile d’imaginer qu’ils aient pu passer l’hiver dans des lacs ou des rivières gelés ». En effet, les animaux terrestres à sang froid sont incapables de réguler leur température et sont obligés de se terrer pendant l’hiver, sinon leur sang se congèlerait. Comme Cuvier, Buckland était « presque certain que si un changement climatique s’est produit, il a été soudain ».

A propos de l’époque de la catastrophe qui a couvert de boue et de gravats les ossements de la caverne de Kirkdale, Buckland écrit : « De la faible quantité de stalactites post-diluviennes, et de l’état des os - non décomposés » on peut déduire que « le temps écoulé depuis l’arrivée de la boue diluvienne n’a pas été d’une longueur excessive. » Il pensa que la catastrophe diluvienne datait tout au plus de 5.000 ou 6.000 ans, chiffre également adopté par Dolomieu, De Luc et Cuvier, chacun donnant ses propres raisons. Buckland ajouta ceci : « Quelle qu’en fut la cause, un changement d’inclinaison de l’axe terrestre, l’approche d’une comète, ou tout autre cause unique, combinée, et d’ordre astronomique, elle pose un problème dont la discussion dépasse le propos de ce mémoire » .

 Les cimetières marins

Le grès rouge est considéré comme l’une des plus anciennes couches contenant des signes de vie. On n’y trouve aucune vie animale d’un degré supérieur aux poissons. Quel que soit l’âge de cette formation, elle est « un prodigieux témoignage d’une mort violente qui a frappé d’un seul coup, non pas des individus isolés, mais des tribus entières ». Vers la fin du XIXe siècle, Hugh Miller fit du grès rouge d’Ecosse le sujet principal de ses recherches. Il observa que « la terre était devenue un vaste sépulcre, depuis une profondeur située sous le lit des mers jusqu’au dessus du niveau de la mer, sépulcre au moins égal à deux fois la hauteur du Ben Nevis ». L’épaisseur de ces grès atteint le double. Ils offrent le spectacle d’un bouleversement immobilisé à un moment donné et pétrifié à tout jamais. Voici ce qu’en dit Miller : « La première scène de La Tempête de Shakespeare, s’ouvre parmi la confusion et le désordre de l’ouragan, le tonnerre et les éclairs, le rugissement du vent, les cris des matelots, les vibrations des cordages et l’étourdissant fracas des vagues. Il semble que l’histoire représentée dans les vieux grès rouges ( formant maintenant la moitié nord de l’Ecosse ) ait commencé de la même manière (...) La vaste étendue qui englobe aujourd’hui Orkney, le Loch Ness, Dingwall, Gamrie et un peu plus, a autrefois été le décor d’un océan peu profond, troublé par de puissants courants et agité par les vagues. Une vaste strate de galets, de 30 à 90 mètres d’épaisseur, subsiste dans un millier d’endroits et atteste les actions perturbantes à cette époque de bouleversement ». Miller constata que les masses les plus dures de la couche, des « porphyres - dont les arêtes coupent le verre aussi facilement que le silex, et les masses de quartz, qui donnent des étincelles quand elles sont frappées par l’acier, sont cependant polies et meulées en forme de balles de revolver (...) Il est néanmoins difficile d’imaginer à quel point le fond de la mer a dû être violemment et uniformément agité sur une si grande superficie (...) et pendant si longtemps, de façon à ce que toute la région ait été couverte d’une couche de galets issus de toutes sortes d’anciennes roches et dont l’épaisseur atteint la hauteur d’un immeuble de 15 étages ».

De nombreux animaux aquatiques sont imbriqués dans ces grès rouges et dans des postures peu naturelles. A l’époque où se sont constituées ces formations « une terrible catastrophe a entraîné la mort brutale des poissons dans une région dont les frontières sont distantes de 160 km ou plus. La plate-forme d’Orkney, comme celle de Cromarty, est recouverte d’une grande épaisseur de fossiles qui portent les signes révélateurs et sans équivoque d’une mort violente. Les corps sont courbés, contractés, contorsionnés ; la queue est souvent arquée jusqu’à la tête, l’épine dorsale saillante, les nageoires déployées à l’extrême, comme chez les poissons morts de convulsion. Le Pterichthys a les bras écartés de façon raide, comme s’il se préparait à rencontrer un ennemi. Sur cette plate-forme, les attitudes de tous les ichthyolites [ tout poisson fossile ] dénotent la crainte, la fureur et la douleur. D’autre part, ils ne semblent pas avoir été touchés ultérieurement par de quelconques prédateurs ; aucun de ceux-ci ne paraît avoir survécu. Le tableau montre une destruction à la fois étendue et totale ». Quelle action destructrice pourrait expliquer « le brusque anéantissement d’innombrables existences dans une région qui s’étend peut-être sur 25000 km2 ? » ... « L’imagination ne sait par où aborder cette énigme et cherche vainement sa solution en passant en revue tous les phénomènes connus relatifs à la mort », commente Miller.

Aucune maladie, quelle que soit sa virulence, ne pourrait élucider certains phénomènes constatés dans cet immense cimetière : il est rare qu’une épidémie touche également et simultanément différentes espèces animales et jamais elle ne frappe avec une telle soudaineté. Pourtant, ce plateau contient 10 à 12 genres distincts, et donc de multiples espèces. L’agent destructeur s’est manifesté si rapidement que ses victimes sont restées figées dans une attitude de surprise et de terreur.

La superficie de grès rouge ancien prospectée par Miller comprend une moitié de l’Ecosse, depuis le Loch Ness jusqu’à l’extrémité nord, et les îles Orcades : « Des millier d’endroits » offrent le même spectacle de destruction. Mais ce spectacle se reproduit ailleurs, tout autour du globe, dans des formations identiques ou dissemblables. Buckland écrit au sujet de Monte Bolca ( près de Vérone, au nord-est de l’Italie ) : « D’après les circonstances dans lesquelles on les trouve, les poissons fossiles de Monte Bolca semblent avoir péri d’un seul coup. (...) Leurs squelettes reposent parallèlement aux lames de la couche d’ardoise [ schiste argileux ] calcaire ; ils sont toujours entiers et pressés les uns contre les autres. (...) Ils ont dû tous mourir soudainement (...) et ont été rapidement ensevelis dans le sédiment calcaire quand celui-ci se déposait. Nous sommes sûrs qu’ils ont été enterrés avant que la décomposition de leurs parties molles ne commence, [ car ] la peau de certains individus a conservé des traces de couleur ». Le même auteur, parlant des dépôts de poissons fossiles découverts en Allemagne dans le massif du Harz, s’exprime ainsi : « Un autre dépôt bien connu est celui du schiste argileux cuprifère qui entoure le Harz. La plupart des poissons qu’on y a trouvé ( à Mansfeld, Eisleben, etc. ) ont une attitude contorsionnée, souvent attribuée au fait de s’être tordu de douleur dans les affres de la mort. (...) Comme ces fossiles ont conservé cette attitude rigide après la mort, il en résulte qu’ils ont été ensevelis avant le début de la putréfaction, et apparemment dans la même boue bitumineuse, dont l’arrivée massive avait causé leur anéantissement ». L’histoire de leur supplice, de leur fin subite et de leur « mise en bière » immédiate nous est contée par le grès rouge du nord de l’Ecosse, par le calcaire de Monte Bolca en Italie, par l’ardoise bitumineuse de Mansfeld en Allemagne ; mais aussi par la couche de charbon de Sarrebruck en Allemagne, « les plus célèbres dépôts de poissons fossiles en Europe » ; par l’ardoise calcaire de Solenhofen, par l’ardoise bleue de Glaris, par les marnes d’Oensingen en Suisse, et celles d’Aix-en-Provence, pour ne mentionner que quelques-uns des sites européens les plus connus.

En Amérique du Nord, de « pleins paquets de splendides poissons préservés » sont visibles dans le calcaire noir de l’Ohio et du Michigan, dans le lit de la Green River en Arizona, dans les couches de diatomées de Lompoc en Californie, et dans beaucoup d’autres formations. Ainsi, pendant les cataclysmes des premiers âges, des poissons sont morts dans d’atroces conditions, et le sable et le gravier des fonds marins soulevés ont recouvert leurs tombes aquatiques.

 3 L’Uniformité

 La doctrine de l’Uniformité

Du début de la Révolution française de 1789 jusqu’à la bataille de Waterloo de 1815, l’Europe vécut dans un tourbillon : la France décapita son roi et sa reine et de nombreux révolutionnaires les suivirent à leur tour sur l’échafaud. L’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, l’Autriche et la Russie devinrent le théâtre d’opérations militaires. La Grande-Bretagne faillit être envahie ; sa flotte combattit le tyran surgi de l’armée républicaine à Trafalgar. Mais après 1815 tout le monde aspira à la paix et à la tranquillité. Avec la Sainte-Alliance, l’Europe mena une politique visant à réprimer tout mouvement subversif et l’Angleterre s’installa dans le conservatisme. Son île ne fut pas atteinte par la vague révolutionnaire de 1830. Dans un climat issu des troubles de la Révolution et des guerres napoléoniennes, il ne faut donc pas s’étonner que la théorie de l’uniformité ait été bien accueillie et qu’elle ait immédiatement prévalu parmi les sciences naturelles. Selon elle, le développement de la surface du globe s’est poursuivi sans heurts à travers les différents âges de la Terre ; les très lents changements que nous observons actuellement ont constitué depuis les temps premiers les seuls faits de réelle importance.

Cette théorie,proposée d’abord par Hutton en 1795 et ensuite par Lamarck en 1800, fut promue au titre de loi scientifi­que par le jeune avocat Charles Lyell ; en effet, l’intérêt qu’il portait à la géologie allait lui donner la première place dans ce domaine. Quant à Charles Darwin, un de ses disciples, il édifia sa Théorie de l’évolution sur le principe d’uniformité énoncé par son maître et ami. L’évolutionniste moderne H.F. Osborn, a écrit : « La continuité actuelle implique l’improba­bilité des catastrophes dans le passé, ainsi que des changements violents, que ce soit dans le monde animé ou minéral. En outre, nous cherchons à interpréter les changements du passé et leurs causes à travers ceux que nous observons actuellement. Tel fut le secret de Darwin qu’il tenait de Lyell ». C’est avec une dialectique convaincante que ce dernier présenta son dossier.

Selon lui, le vent, la chaleur solaire et la pluie pulvérisent progressivement les roches à l’air libre... Les cours d’eau entraînent les résidus vers la mer. Ce processus perpétuel érode inlassablement les conti­nents émergés, et finit par dégrader de vastes éten­dues. Alors, la masse terrestre se soulève de nouveau comme un lent mouvement respiratoire ; le fond de la mer s’affaisse et l’émiettement des roches recom­mence. Les terres s’élèvent et forment une vaste pénéplaine où l’action de l’eau et du vent trace ensuite des sillons ; peu à peu, le plateau se change en une chaîne de plis montagneux. Un temps infini s’écoule ; les pics s’écroulent sous les coups inces­sants du vent et de l’eau qui les emportent grain par grain jusqu’à la mer, laquelle à son tour fait disparaître la terre sous un faible volume d’eau, puis se retire lentement. Aucune grande catastrophe ne vient transformer la surface du sol. Sans vouloir minimiser les résultats de l’activité sporadique des volcans, il n’estimait pas qu’elle eût sur le relief un effet comparable à celui des cours d’eau, du vent et des vagues marines.

On n’a pas déterminé la cause de ce mouvement extrêmement lent d’élévation et d’affaissement. Les géologues du XVIIIe siècle prétendaient avoir observé une légère variation graduelle du niveau de la mer Baltique en prenant la côte du golfe de Botnie comme ligne de référence. Au cours des temps « géologiques » , des processus du même ordre auraient entraîné tous les changements qui se sont produits sur la Terre : montagnes majestueuses qui tantôt s’élevè­rent tantôt s’aplanirent ; littoral qui avançait et reculait à une cadence lente ; couverture terrestre redistribuée par la pluie et le vent. Selon l’uniformitarisme, les changements qui ont eu lieu autre­fois se passent encore sous nos yeux ; ce sont non seulement les transformations progressives et non décelables de la Nature, mais aussi la faible intensité des phénomènes physiques actuels que l’on prend pour critères. Sachant que cette théorie est enseignée dans tous les établisse­ments scolaires et que l’on peut être accusé d’héré­sie en la contredisant, il nous faut donc reproduire ici quelques-unes des déclarations que Lyell a faites dans ses Principes de géologie. Elles ont servi de manifeste - ou de credo - à tous ses disciples, qu’ils s’appellent uniformistes ou évolutionnistes :

Il a été notoirement reconnu que, lorsque nous classons les formations fossilifères par ordre chrono­logique, elles constituent des séries incomplètes ou interrompues. Nous passons sans gradations intermé­diaires des systèmes de couches horizontaux à des systèmes fortement inclinés : d’un assemblage de vestiges organiques à un autre, dans lesquels les espèces représentées et une grande partie des genres sont différents. Ces solutions de continuité sont si fréquentes que dans la plupart des cas, elles sont la règle plutôt que l’exception et beaucoup de géolo­gues considèrent qu’elles plaident en la faveur des brusques transformations du monde animé et inanimé .

Il reconnaissait ainsi que la surface de la Terre semble avoir subi des changements importants, violents et soudains ; mais il estimait que la documentation s’y rapportant était incomplète et que la plupart des preuves manquaient : « Grâce aux éléments solides constituant la lithosphère nous avons une chaîne permettant de suivre la succession chronologique des événements naturels, mais il y manque de nombreux maillons ».

Pour rendre cette idée plus plausible, il empruntait un exemple aux sociétés humaines : lorsqu’on procède chaque année à un recensement dans 60 régions, l’accroissement de la population s’avère peu important et progressif ; mais s’il était effectué - toujours annuellement - chaque fois dans une région différente, et seulement dans l’une d’elles, l’augmentation du nombre d’habitants de chaque région entre deux pointages espacés de 60 ans paraîtrait très grande et semblerait se produire par à-coups. Lyell soutenait que l’explication des dépôts géologiques s’appuie sur un cheminement de pensée comparable. La théorie de l’uniformité ( ou des changements graduels dans le passé, évalués par l’importance des changements observés dans le présent ) ne dispose, il le reconnaissait, d’aucune preuve positive étant donné que l’écorce terrestre ne nous livre pas son histoire complète. La théorie, s’édifiant sur le principe d’argumentum ex silentio, c’est-à-dire d’argument par défaut, exigeait d’autres analogies :

Supposons que nous ayons découvert deux villes enfouies au pied du Vésuve, l’une construite directement au-dessus de l’autre mais séparées par une grande masse de tuf et de lave... Un archéologue pourrait se servir des inscriptions relevées sur les édifices publics pour dire que les habitants de la ville inférieure et plus ancienne étaient grecs et ceux de la ville récente, italiens. Mais il tiendrait un raisonnement hâtif en déduisant de ces mêmes éléments que la langue parlée en Campanie était directement passée du grec à l’italien. Si d’aventure, il découvrait par la suite trois villes enfouies et superposées, la ville intermédiaire étant romaine. Il douterait alors du bien-fondé de sa première opinion et ne serait pas loin d’admettre que d’une part, les catastrophes responsables de l’engloutissement des villes pouvaient avoir eu un rapport avec les fluctuations du langage de leurs habitants, que de l’autre, le latin étant intervenu entre le grec et l’italien, d’autres dialectes avaient sans doute été parlés successivement, qu’enfin le passage du grec à l’italien avait pu être très graduel . Ce passage fréquemment cité constitue un exemple malheureux : en essayant de prouver qu’il n’y a pas eu de changements brusques, Lyell a paradoxalement choisi le résultat de violentes catastrophes puisque les villes dont il parle sont séparées par des couches de lave. C’est aussi celui de beaucoup d’études géologiques. L’emploi d’un tel exemple à l’appui de l’uniformité procède d’une dialectique spécieuse. La comparaison est suivie d’une attaque d’autant plus véhémente que l’idée exposée ne peut remplacer les preuves géologiques. Ainsi, Lyell déclare :

Il est évident que les géologues de jadis n’avaient qu’une faible connaissance des transformations causées par le vent, l’eau courante et d’autres forces agissantes mais que de plus, ils étaient bien inconscients de leur ignorance. Avec la présomption que celle-ci leur inspirait naturellement, ils n’hésitèrent pas à proclamer que le temps n’aurait jamais pu permettre à la nature de produire des mouvements tectoniques de faible amplitude, et encore moins des bouleversements importants, tels que ceux révélés par la géologie .

Et il continue :

Jamais dogme n’a été échafaudé de façon aussi délibérée pour encourager la paresse et émousser la curiosité scientifique, que cette hypothèse fondée sur la discordance entre les causes anciennes et actuelles ; il a créé une mentalité qui se prête extrêmement mal à accueillir sans parti pris les modifications minimes mais incessantes, que l’écorce terrestre subit dans chacune de ses parties .

Au début, ce plaidoyer fut seulement défensif car la position manquait d’appuis solides. Puis, comme si les comparaisons avec les situations humaines pouvaient être assez concluantes pour se substituer à la carence des témoignages de la Nature, il prit un ton intransigeant : « C’est pourquoi, il faut exclure les concepts qui admettent la possibilité de catastrophes soudaines et violentes, et de révolutions affectant la Terre entière comme ses habitants ; nous rejetons les théories qui laissent transparaître le désir de trancher le nœud gordien plutôt que de le dénouer avec patience et ne sont limitées par la moindre référence à des analogies évidentes ».

En dépit de ce langage péremptoire, l’idée que ce qui ne se produit pas dans le présent ne s’est pas produit dans le passé constitue une limitation volontaire. Plutôt même qu’un principe scientifique, c’est davantage une profession de foi. D’ailleurs, Lyell termine dans le même esprit son chapitre célèbre par une incitation et un précepte destinés à ses disciples : « Si, en définitive, le chercheur admet que les modifications anciennes et actuelles de la surface terrestre ont entre elles une certaine ressemblance - voire une parfaite similitude, il considérera tous les faits notables concernant les forces agissant quotidiennement, comme la clef qui lui permettra d’expliquer certains mystères du passé ».

 L’hippopotame

L’hippopotame habite les grands cours d’eau et les marais africains. On ne le rencontre en Europe ou en Amérique que dans les jardins zoologiques où il passe la plus grande partie de son temps vautré dans un bassin d’eau boueuse. Après l’éléphant, c’est le plus gros animal terrestre. On a relevé ses traces loin de son habitat coutumier, jusque dans le Yorkshire en Angleterre. Voici comment Lyell expliquait ainsi sa présence en Europe :

Le géologue peut se livrer à maintes hypothèses sur l’époque à laquelle des troupes d’hippopotames abandonnèrent les rivières de l’Afrique du Nord, le Nil, par exemple, nageant en été le long des côtes méditerranéennes vers le Nord, s’arrêtant à l’occasion pour visiter les îles voisines. Ils ont pu y aborder pour paître ou brouter, y séjourner quelque temps et reprendre leur route vers le Nord. D’autres entreprirent peut-être pendant la saison chaude la traversée de l’Europe en empruntant les rivières espagnoles et françaises jusqu’à la Somme, la Tamise ou la Severn, pour repartir opportunément en direction du Sud avant la venue de la neige et de la glace .

Digne du poème mythique relatant l’expédition des Argonautes, cette évocation d’un périple qui les aurait menés depuis l’Afrique jusqu’à l’antique Albion, semble tirée d’un conte idyllique. Dans la grotte Victoria près de Seule ( ouest du Yorkshire ) à 440 mètres au-dessus du niveau de la mer, on a découvert, sous 4 mètres de dépôts argileux contenant des rocs fortement striés, d’abondants restes de mammouths, de rhinocéros, d’hippopotames, de bisons, d’hyènes et d’autres animaux. Des restes d’hippopotames voisinent avec ceux de mammouths, de rhinocéros et de lions dans les nombreuses cavernes du Vale of Clwyd. Particulièrement dans celle de Cae Gwyn, « les fouilles ont établi sans conteste que les ossements avaient été fort dérangés par l’action de l’eau ». Le sol de cette grotte fut « recouvert ensuite par des argiles et du sable contenant des cailloux étrangers au site. Ce fait semble prouver que celles qui sont aujourd’hui à 120 mètres d’altitude, ont dû être submergées bien après leur occupation par des hommes ou des animaux... leur contenu a dû être dispersé par l’action de la mer pendant la grande submersion des époques glaciaires intermédiaires, puis recouvert par des sables marins », écrit H. B. Woodward.

Ainsi, non seulement les hippopotames nageaient vers l’Angleterre et parcouraient le Pays de Galles pendant les douces nuits d’été, mais en plus ils escaladaient les montagnes afin de mourir en paix dans les grottes parmi d’autres animaux ; pendant ce temps, la glace, approchant avec douceur, répandait tendrement de petits cailloux sur le corps de ces voyageurs assoupis alors que la contrée, ses collines et ses cavernes glissaient doucement sous le niveau de la mer et que de faibles courants caressaient les cadavres et les recouvraient de sable rose.

Les partisans de l’uniformité soutenaient trois affirmations :

1 ) à une époque relativement récente, le climat des îles britanniques était si chaud que les hippopotames s’y rendaient en été.

2 ) ces îles se tassèrent au point que les montagnes furent envahies par la mer.

3 ) le sol reprit son altitude actuelle ; tout cela s’étant passé sans que la Nature ait agi avec violence.

D’autre part, serait-il impossible qu’une vague énorme ait traversé le pays, se soit engouffrée dans les grottes pour les remplir de sable et de gravier marin ? Le sol s’est-il affaissé puis exhaussé à la suite d’un phénomène naturel qui modifia aussi le climat ? Prises de panique, les faunes terrestres et marines se sont-elles affolées dans une fuite éperdue dès les prémices de la catastrophe, poursuivies par la mer qui vint les asphyxier dans les cavernes, devenues leur dernier refuge et leur sépulture ? Ou encore la mer les arracha-t-elle à l’Afrique pour les jeter en tas sur les îles britanniques et ailleurs, en les recouvrant de terre et de débris marins ? Pourtant, les entrées de certaines grottes étaient trop étroites et les grottes trop exiguës pour accueillir et abriter des bêtes aussi volumineuses que des hippopotames et des rhinocéros. Peu importe de savoir quelle supposition est exacte : qu’ils aient vécu en Angleterre ou y aient été précipités par l’océan, qu’ils se soient réfugiés dans des cavernes ou que les cavernes ne leur aient servi que de tombeaux, la présence de leurs ossements en Grande-Bretagne et au fond de ses eaux est le signe d’un grand bouleversement mondial.

 Icebergs

La théorie à propos des cataclysmes du passé n’était pas compatible avec les enseignements alors en vigueur. Ceux-ci attribuaient la distribution des dépôts dérivés et des blocs erratiques à l’action de l’eau, sous forme de puissants raz-de-marée venus se briser sur les continents. Il fallait faire appel à un processus capable du même travail, mais en un laps de temps infiniment plus long. Les navigateurs nordiques ayant observé des icebergs dans lesquels étaient enclavés des morceaux de rocs, Lyell affirma que ces glaces flottantes - détachées des inlandsis qui descendent des côtes montagneuses jusqu’à la mer - transportaient les roches à travers les océans. Si, disait-il, nous considérons la longueur des époques géologiques et que nous y ajoutons les propriétés des icebergs, nous pouvons expliquer la présence des blocs erratiques et celle des graviers sur le sol.

Comment se fait-il qu’il y en ait loin du littoral ? Lyell enseignait que la Terre avait été submergée, puis que les icebergs passant au-dessus s’étaient délestés de leurs charges, et qu’ensuite le sol s’était soulevé les ramenant à l’air libre. Quant à ceux que l’on trouve sur les montagnes, il les expliquait à peu près de la même façon. Car pour justifier leur provenance, il fallait admettre la submersion de vastes parties de continents à une époque relativement récente.

Par exemple dans les Berkshires, les blocs erratiques sont parfois alignés en files interminables. Mais les icebergs ne pouvaient pas avoir été des « transporteurs intelligents » et Lyell dut bien percevoir la faiblesse de sa théorie. La seule possibilité connue à cette époque était le raz-de-marée. Mais il avait pris les catastrophes en aversion ; il les détestait, tant celles de la vie politique européenne que celles provoquées par la Nature, à un tel point que son autobiographie commence par un souvenir significatif qui l’avait profondément marqué : « J’avais quatre ans et demi quand survint un accident que je ne suis pas près d’oublier ». Sa famille se trouvait en voyage dans deux voitures à une étape et demie d’Edimbourg. « Nous arrivions sur une route étroite flanquée d’une falaise abrupte, surplombant un profond ravin sans parapet. Soudain, un troupeau de moutons fit irruption. Leur apparition effraya les chevaux de la première voiture... Ils s’emballèrent : chaise de poste, cocher, attelage, tout versa en un instant ». Ses occupants furent sortis par la vitre brisée, il y eut un peu de sang, quelqu’un s’évanouit. L’incident s’imprima comme le premier et le plus vif souvenir d’enfance dans la mémoire de celui qui allait devenir le père de l’uniformatirarisme.

 Darwin en Amérique du Sud

Après avoir abandonné ses études de médecine à Edimbourg, Charles Darwin reçut son diplôme de théologie au Christ College de Cambridge. En décembre 1831 il s’embarqua comme naturaliste à bord du bateau Beagle pour mener pendant 5 ans une expédition scientifique autour du monde. Le livre fraîchement publié par Lyell Les Principes de la géologie devint sa bible et il dédia à l’auteur la deuxième édition du Journal qu’il écrivit au cours de son voyage. Ce fut la seule enquête géologique et paléontologique à laquelle Darwin se soit livré sur le terrain ; il y acquit une expérience dont il tint compte tout au long de sa vie : « Les observations effectuées pendant mon périple furent à l’origine de toutes mes vues » . Il avait décidé de se rendre dans l’hémisphère austral et plus particulièrement en Amérique du Sud, continent qui attirait les naturalistes depuis les voyages d’exploration d’Alexandre de Humboldt. Darwin fut impressionné par les innombrables fossiles d’espèces animales éteintes, la plupart de tailles bien supérieures à celles vivant aujourd’hui. Ils évoquaient l’existence d’une faune prospère, subitement rayée du globe à une époque géologique relativement proche de nous. Ainsi, à la date du 9 janvier 1834 on lit dans ses notes : « Il est impossible de réfléchir aux changements survenus dans le continent américain sans éprouver le plus profond étonnement. Jadis, de monstres énormes y grouillaient : maintenant, nous n’y trouvons plus que des Pygmées en comparaison de leurs prédécesseurs préhistoriques » . Il ajoute : « La plupart d’entre eux, voire la totalité, vivaient à une période récente : ils furent contemporains de la majorité des coquillages marins actuels. Depuis leur époque, il n’a pu se produire de grands changements dans la configuration du pays. A quoi attribuer l’extermination de tant d’espèces et de genres entiers ? On pense d’abord irrésistiblement à quelque grande catastrophe. Mais pour détruire ainsi tous les petits et gros animaux de la Patagonie méridionale, du Brésil, de la Cordillère des Andes et ceux de l’Amérique du Nord jusqu’au détroit de Bering, il nous faudrait ébranler toute la structure du globe » . Un événement de ce type étant exclu de toutes les considérations imaginables, Darwin ne concevait pas d’explication plausible : « Il était difficile d’admettre qu’une variation de température ait simultanément détruit les habitants des régions tropicales, tempérées et polaires de chaque côté du globe » . De plus, il était certain que l’homme n’avait pu être cet agent destructeur : « Même s’il avait attaqué tous les grands animaux, aurait-il aussi été capable d’anéantir les nombreux petits rongeurs et quadrupèdes ? » demandait-il... « Nul n’imaginera qu’une sécheresse... ait pu détruire tous les individus de toutes les espèces depuis la Patagonie jusqu’au détroit de Béring. Et que dire de l’extinction du cheval ? Ces plaines ont-elles manqué de pâturages, elles qui ont été parcourues par des milliers de troupeaux issus des montures qu’amenèrent les Espagnols ? » Et sans prendre position, il terminait en disant : « Dans la longue histoire du monde, rien n’est aussi étonnant que ces incroyables exterminations plusieurs fois répétées ». De ses incertitudes naquit l’idée que l’extinction des espèces était le prélude de la sélection naturelle.

 4 La Glace

 L’origine de la théorie glaciaire

En 1836, le jeune géologue et paléontologue Louis Agassiz se rendit sur un glacier des Alpes pour prouver au professeur Jean Charpentier, naturaliste comme lui, à quel point les idées proposées par A. Bernardi étaient fausses. En effet, appartenant à l’école forestière d’une petite ville, Bernardi soutenait qu’une grande partie de l’Europe avait été recouverte de glace. Quatre ans auparavant, il avait écrit : « La glace polaire est jadis arrivée jusqu’à la limite Sud de la zone qui reste marquée par la présence de blocs erratiques ». Le botaniste C. Schimper, ayant probablement eu la même idée, venait de forger l’expression die Eiszeit et avait réussi à convaincre le professeur Charpentier. D’abord sceptique, Louis Agassiz changea d’avis et devint l’acteur principal de cette nouvelle théorie. Il construisit une cabane sur les bords de l’Aar et s’y installa afin d’observer les mouvements de la glace, ce qui lui valut l’attention des spécialistes et des curieux de toute l’Europe.

Son étude révéla que les glaciers alpins peuvent avancer de quelques mètres par jour à cause de leur poids et charrient les débris arrachés sur leur passage. Certains d’entre eux sont rejetés sur les côtés et forment les moraines latérales ; d’autres sont poussés par le front qui avance et constituent les moraines terminales ( ou frontales ). Lorsque le glacier fond - et par conséquent recule - les rocs détachés restent là où ils se trouvaient lors de sa plus grande expansion. Agassiz admit que les blocs arrondis ou anguleux du Jura y avaient été apportés par la glace venue des Alpes et que les traînées de moraines d’Europe du Nord et d’Amérique avaient été formées par les glaciers gigantesques qui recouvraient autrefois la quasi-totalité de ces continents. Il affirma que les dépôts avaient été transportés puis laissés sur place par la couche glaciaire , que celle-ci avait strié le sol avec les fragments de pierres dures dont elle s’était armée, qu’elle avait poli les pentes des vallées par frottement et creusé enfin le lit des lacs. Agassiz étendit le résultat de ses observations ( qui se limitaient à la Suisse et aux pays voisins ) aux autres parties du monde. Il partit en Angleterre pour exposer les conséquences de ses recherches devant d’autres éminents géologues et obtenir l’aide nécessaire afin d’être accepté par le milieu scientifique. En se souvenant de son isolement scientifique, il a confié à sa femme : « De tous les naturalistes plus âgés que moi, un seul me donna son appui : le docteur Buckland, doyen de Westminster... Nous nous rendîmes en Ecosse ( c’est un des plus doux souvenirs de ma vie ). Comme nous approchions du château du duc d’Argyll, bâti au cœur des Highlands et qui me rappelaient certains paysages suisses, je dis à Buckland : " Nous allons bientôt trouver nos premières traces de glaciers " Dès l’entrée de la vallée, nous passâmes par-dessus une ancienne moraine frontale qui la barrait à demi. C’était bien le lieu propice à une révélation : Agassiz avait fait un adepte ».

Quelques semaines plus tard, le 4 novembre, il fit un exposé à la Société géologique de Londres, résumant cette excursion sous l’angle de la théorie glaciaire ; Buckland, président de l’association, lui succéda à la tribune. Son exposé traita le même sujet. Quelques jours avant la séance, il avait écrit à Agassiz pour l’informer du succès de sa mission : « Lyell a complètement adopté votre théorie ! Lorsque je lui ai montré un magnifique groupe de moraines à 3 km du domicile de son père, il s’y est rangé sur-le-champ, car elle résout une foule de problèmes qui l’embarrassait jusqu’à présent ».

Moins de trois semaines après cet épisode, c’est-à-dire le lendemain de l’intervention des deux orateurs, il rédigea une déclaration hâtive dans laquelle la présence des moraines en Grande-Bretagne était expliquée à la lumière des enseignements d’Agassiz. A la séance du 4 novembre, Murchison avait tenté une contre-attaque. Elle ne produisit guère d’effet, bien qu’il se soit montré vraiment éloquent. La même année, Agassiz publia sa théorie dans un ouvrage intitulé Etudes sur les glaciers :

Le sol de l’Europe, orné naguère d’une végétation tropicale et habité par des troupes de grands éléphants, d’énormes hippopotames et de gigantesques carnassiers, s’est trouvé enseveli subitement sous un vaste manteau de glace recouvrant indifféremment les plaines, les lacs, les mers et les plateaux. Aux mouvements d’une puissante création succédèrent le silence et la mort. Les sources tarirent, les fleuves cessèrent de couler et les rayons du soleil, en se levant sur cette plage gelée ( si toutefois ils arrivaient jusqu’à elle ), n’y étaient salués que par les sifflements des vents du Nord et par le tonnerre des crevasses qui s’ouvraient à la surface de ce vaste océan de glace .

De son propre aveu, il considérait que le début et la fin de la glaciation résultaient d’événements catastrophiques, ne niant pas que les mammouths de Sibérie aient pu être congelés en un instant grâce au rapide envahissement du globe par la glace. Il admettait que des cataclysmes successifs se soient produits à l’échelle mondiale accompagnés d’une chute de température, et que les périodes glaciaires ( car il y en avait eu plus d’une ) se soient à chaque fois terminées par un regain d’activité du feu central ( éruptions de l’intérieur ). Toujours selon lui, les Alpes occidentales se sont élevées très récemment, à la fin de la dernière période et seraient donc plus jeunes que les cadavres de mammouths de Sibérie dont la chair est encore comestible ; il pensait que ces animaux ont péri au début de l’âge glaciaire. Avec la reprise des éruptions volcaniques, la couverture de glace avait fondu, déclenchant de grandes inondations ; les montagnes et lacs suisses et d’autres lieux s’étaient formés, et, partant de là, le relief terrestre avait subi une modification générale.

On a souvent dit qu’Agassiz avait ajouté entre 500.000 et 1 million d’années à l’histoire récente de la Terre en plaçant la grande glaciation entre le tertiaire - ou époque des mammifères - et l’époque récente. Ne pas oublier que ce million d’années supplémentaire attribué aux ères glaciaires est une estimation de Lyell qui interpréta la théorie d’Agassiz dans un esprit uniformiste. L’idée de la couverture glaciaire continuelle était acceptable pour Lyell. Il y adhéra, se contentant des preuves trouvées à 3 km de la maison familiale, mais admit cependant que les déplacements des icebergs ne pouvaient expliquer le phénomène de la dérive des blocs erratiques et leur présence en différents points du globe. Il ne restait qu’une contre-proposition, celle de la vague de translation, ou raz-de-marée, qui aurait dévasté les continents ; mais elle faisait intervenir le catastrophisme. Désormais, avec la glace continentale, il estimait posséder la bonne solution du moment que le côté catastrophique de la théorie était éliminé, comme l’avait tout de suite proposé Agassiz, pourtant disciple de Cuvier. Personne ne se demandait encore quelle avait été la cause de la couverture glaciaire.

 Sur les plaines russes

Très peu après cette séance historique, invité par le tsar Nicolas I, Murchison se rendit en Russie afin d’y mener une étude géologique. Elle donna lieu à la découverte du système Permien ; son inventeur fut le premier à reconnaître le Permien, le Silurien et ( avec Sedgwick ) le Dévonien, les trois principales périodes admises dans la classification moderne des ères géologiques. Voulant vérifier la thèse d’Agassiz, Murchison parcourut l’empire russe d’Est en Ouest sous toutes ses latitudes pendant des mois, observant avec soin les blocs erratiques répartis sur toutes ses vastes plaines. Dans la partie Nord du pays et en Finlande, il en trouva d’énormes, mais leur taille diminuait lorsqu’il se dirigeait vers le Sud, suggérant qu’un raz-de-marée venu du Nord ou du Nord-Ouest avait laissé des fragments rocheux sur sa route. Il constata également que ceux observés dans les Carpates n’étaient pas d’origine locale mais bien... scandinave. Quant aux dépôts dérivés ou « entassements de pierres, de sables, d’argiles et de graviers, répandus en grande quantité sur les zones peu élevées de Russie, de Pologne et d’Allemagne », Murchison est persuadé que « beaucoup d’entre eux, pour ne pas dire la plupart... ont été déplacés par la poussée des eaux résultant des puissantes vagues de translation et des courants créés par les différences de niveau, souvent brutales entre la mer et le continent ». En tout état de cause, ces irruptions marines sont à l’origine des dépôts dérivés « avec l’aide de flots de glace ». Etant donné « qu’en Suède méridionale, en Finlande ou en Russie nord-orientale il n’existe pas de montagne dont un glacier ait pu descendre, et que ces régions n’en sont pas moins abrasées, striées et polies », Murchison conclut que les faits constatés sur des contrées aussi plates sont les conséquences d’une transgression marine qui laissa derrière elle d’énormes masses de débris et de pierres roulées. En revanche, Murchison « rejeta l’application de la théorie glaciaire continentale à la Suède, à la Finlande, à la Russie nord-orientale et à tout le nord de l’Allemagne, en somme à toutes les régions basses de l’Europe ». Il admit que les glaciers arctiques avaient jadis existé dans les montagnes du Nord de la Scandinavie et en Laponie : des pans de glace qui s’en étaient détachés avaient charrié des pierres brisées et angulaires sur les terres submergées et les avaient abandonnées au-dessus du dépôt apporté par l’irruption des eaux. Murchison signala également que « la Sibérie est totalement dépourvue de blocs erratiques, bien qu’elle soit bordée de trois côtés par de montagnes hautes ». Pour « expliquer certains phénomènes superficiels », il évoquait les icebergs détachés des glaciers, et maintenait avec une tranquille assurance que « ce sont les conditions aqueuses détritiques qui feront le mieux comprendre la grande diffusion des dépôts dérivés sur la surface du globe, ainsi que l’abrasion et les striations très fréquentes des roches, aussi bien à des niveaux bas qu’à d’autres plus élevés, sous presque toutes les latitudes ».

A la fin de sa vie, sans renier aucune de ses observations et conclusions, Murchison avoua dans une lettre à Louis Agassiz qu’il regrettait d’avoir fait opposition à la nouvelle théorie au début de leurs entretiens ; chose étonnante, on trouva des dépôts marins récents au milieu d’immenses plaines de Russie, d’Europe et d’Asie. D’autre part, des phoques - apparentés à ceux de l’océan Arctique - vivent actuellement dans les eaux qui baignent la côte Nord de l’Iran. Certains en conclurent qu’il n’y a pas très longtemps, en se répandant, la mer polaire rejoignit la Caspienne :

Depuis que la glace a reculé, l’océan Arctique a pénétré au cœur de la Russie et a laissé en maints endroits, des dépôts marins sur le sédiment glaciaire dérivé comme sur les sols plus fermes. Il a également envahi le lointain bassin de l’Obi, puis a communiqué avec la Caspienne ; les ancêtres des phoques vivant maintenant sur ses îles rocheuses s’y sont alors rendus et y sont restés quand l’eau s’est retirée .

 La glaciation des tropiques

Alors qu’il se trouvait au Brésil, l’un des pays les plus chauds du monde, Agassiz retrouva en 1895 toutes les manifestations qu’il attribuait à l’action de la... glace. Ses collègues, qui s’étaient précédemment rangés de son côté, s’étonnèrent à juste titre : ... une couverture de glace aux tropiques et sur l’équateur lui-même ? Pourtant, il y avait là des accumulations de dépôts dérivés, des roches striées, des blocs erratiques, des vallées en auge et aussi de la tillite polie ; donc il fallait bien de la glace pour ce travail et ce polissage ; ce continent avait dû subir une sérieuse glaciation... Mais pourquoi une contrée tropicale aurait-elle été recouverte par un manteau gelé épais de plusieurs milliers de mètres ? On découvrit également les preuves d’une glaciation en Guyane britannique, pays aussi chaud que le Brésil. Bientôt, la même information arriva du continent africain, mais les relevés topographiques démontrèrent - chose étrange - que non seulement l’Afrique équatoriale et Madagascar avaient été recouvertes de glace, mais aussi qu’elle s’était déplacée de l’équateur vers les plus hautes latitudes de l’hémisphère austral, c’est-à-dire dans la mauvaise direction ! Puis ce fut au tour de l’Inde de témoigner dans le même sens : là aussi, la glace était partie de l’équateur, non pas vers le pôle mais en s’élevant depuis les terres basses, jusqu’aux contreforts de l’Himalaya. Après réflexion, la glaciation de ces régions équatoriales fut attribuée à une autre période qui se serait établie non pas des milliers d’années, mais des millions d’années auparavant. Aujourd’hui, il est généralement admis que les vestiges de l’ancienne glaciation constatée sous les tropiques et dans l’hémisphère austral remontent environ à l’époque permienne, bien plus ancienne que la dernière période glaciaire. « Le trait le plus remarquable de la glaciation permienne est sa répartition », écrit Dunbar de Yale University. « L’Amérique du Sud n’en a pas été exempte : les traces de glaciation sont toujours visibles en Argentine et au Brésil sud-oriental, à moins de 10° de l’équateur. Dans l’hémisphère boréal, l’Inde péninsulaire proche de l’équateur, a été le théâtre principal d’une glaciation se déplaçant vers le Nord ( ou allant des tropiques vers des latitudes plus hautes ) ». « La calotte glaciaire recouvrit presque toute l’Afrique du Sud, jusqu’à 22° de latitude Sud au moins et s’étendit aussi sur Madagascar ».

Même si le phénomène s’est produit à une époque très reculée, l’existence d’une couche de glace épaisse de plusieurs milliers de mètres dans les régions les plus chaudes du globe ne cesse d’être une énigme et un défi pour l’esprit. Chamberlin dit à ce sujet : « Certaines de ces énormes couches de glace avancèrent même jusqu’aux tropiques, où les entassements de moraines, épais de centaines de mètres, stupéfient les géologues qui les contemplent. On n’a pas encore fourni d’explication satisfaisante sur l’étendue et la situation de ces glaciers extraordinaires... » Et il ajoute : « Ces glaciers presque incroyables, compte tenu de leurs dimensions et de leurs emplacements ne se formèrent certainement pas dans les déserts ! ».

 Le Groenland

Selon la théorie glaciaire, le Groenland est l’exemple type de ce qui s’est produit jadis dans la majeure partie du globe. Il appartient au grand archipel qui couronne le Nord-Est du Canada, bien qu’il soit parfois considéré comme faisant partie de l’Europe. Si l’on estime que l’Antarctique et l’Australie sont des continents, c’est la plus vaste de toutes les îles. Elle mesure 2.700 km de longueur, s’inscrit presque entièrement à l’intérieur du cercle arctique et atteint 83° 39’ de latitude Nord. De ses 2.184.000 km2, plus de 1.800.000 km2 sont recouverts d’une immense croûte de glace qui ne laisse libre que la frange littorale. On détermine son épaisseur en mesurant le temps mis par l’écho pour revenir du soubassement rocheux après avoir provoqué une détonation à la surface de la couche : et elle dépasse 2.000 mètres. « Pendant longtemps, bien des gens ont cru que l’intérieur du pays était dépourvu de glace et qu’il était peut-être même habité. C’est presque uniquement pour le vérifier que le baron Nordenskjöld y conduisit une expédition ». Il entreprit l’ascension de la calotte glaciaire à Disco Bay ( 69° de latitude ), se dirigeant vers l’Est pendant 18 jours : « Des rivières coulent en suivant des lits rappelant ceux creusés dans la terre... mais en comparaison le bleu de leurs parois glacées est infiniment plus beau. Toutefois, ces cours d’eau ne sont pas absolument continus. Après avoir parcouru une certaine distance à l’air libre, ils plongent subitement et entièrement avec un mugissement assourdissant dans quelque crevasse béante, pour continuer leur route vers la mer par des cheminements dérobés ; nous rencontrâmes aussi beaucoup de lacs dont les bords sont gelés » . En tendant l’oreille, écrit l’explorateur, « nous entendions une sorte de grondement assourdi provenant de ces torrents invisibles et, de temps à autre, une forte détonation isolée, semblable à celle d’un canon, nous annonçait la formation d’une nouvelle crevasse... Dans l’après-midi, on vit au loin une colonne de brouillard bien définie ; de plus près on découvrit qu’elle s’élevait d’un abîme dans lequel s’engouffrait un véritable fleuve. La masse liquide mugissante s’était foré un puits pour vraisemblablement atteindre le socle du glacier, situé minimum 600 mètres plus bas ».

Le Groenland du Sud semble donc vivre encore à l’âge glaciaire. Cette île arctique a l’aspect que devaient avoir autrefois certaines régions continentales. Mais cela n’explique pas comment la glace a pu recouvrir la Guyane britannique et Madagascar. Il n’est pas moins étonnant d’apprendre, si l’on en croit l’avis des spécialistes, que la zone nord du Groenland n’a jamais subi de glaciation : « Les îles de l’archipel arctique non plus », surenchérit un autre scientifique, « et pas davantage l’intérieur de l’Alaska ». L’explorateur polaire Vilhjamur Stefansson écrit : « Probablement, jadis comme aujourd’hui, l’extrême Nord du Groenland faisait exception, car il semble de règle que les pays les plus au Nord ne sont pas et n’ont jamais été sous la glace ». « Il est à remarquer que ce fut le cas pour les terres basses de la Sibérie du Nord et de l’Alaska », expliqua James D. Dana, éminent géologue américain du siècle dernier. « En Sibérie et sur les îles polaires de l’océan Arctique, des aiguilles rocheuses fichées dans la terre se tiennent encore debout ; elles auraient certainement été renversées et même brisées si une couverture glaciaire avait parcouru les lieux ».

Des os de rennes groenlandais furent découverts dans le Sud du New Jersey et dans le Sud de la France ; des ossements de rennes lapons furent retrouvés en Crimée. Cela est dû, paraît-il, à l’invasion de la glace et à la retraite des animaux nordiques vers le Sud. D’autre part, l’hippopotame a vécu en France et en Angleterre et le lion en Alaska. Pour donner une explication plausible, on a fait intervenir une période interglaciaire : la région se réchauffant, les animaux du Sud auraient émigré vers les latitudes nordiques. Le remplacement d’une faune par une autre ayant eu lieu à plusieurs reprises, on compte généralement quatre périodes glaciaires, suivies chacune d’un adoucissement climatique, mais leur nombre varie selon les pays ou les spécialistes. Cependant, personne n’a jamais su pourquoi les régions polaires ont été exemptes de glaciation tout au long des temps géologiques. Par ailleurs, la flore naissante du Groenland, datant du tertiaire, pose un problème. En 1868, Heer publia à Zurich un ouvrage traitant des végétaux fossilisés de l’Arctique ; entre autres espèces, il a reconnu tout un assortiment de plantes constitué par des magnolias et des figuiers. Des forêts d’arbres exotiques et des boqueteaux de plantes juteuses méridionales poussaient donc sur ce pays profondément enclavé dans le cercle polaire, privé de la lumière nécessaire à leur croissance pendant 6 mois de l’année.

 Les Coraux des régions polaires

Le Spitzberg ( 78° 56’ de latitude Nord ), une possession norvégienne de l’océan Arctique est aussi distant d’Oslo que celle-ci l’est de Naples. Heer y identifia 136 espèces de plantes fossiles et les assigna à l’époque tertiaire. Parmi ces végétaux, il inventoria des pins, des sapins, des épicéas et des cyprès, ainsi que des ormes, des coudriers et des nénuphars. L’extrémité Nord de l’île recèle une couche de charbon noir et brillant, épaisse de 8 à 10 mètres ; elle est recouverte de schiste noir et de grès incrusté de plantes fossiles terrestres. « Lorsqu’on pense que cette luxuriante végétation croissait à moins de 8° 15’ du pôle Nord, dans une région qui reste dans l’obscurité pendant la moitié de l’année et qui est aujourd’hui presque continuellement sous la neige et la glace, il est facile d’évaluer la difficulté du problème que pose aux géologues la répartition des climats ».

Pour constituer une couche de charbon de 10 mètres d’épaisseur, le Spitzberg devait avoir des grandes forêts. En admettant que, pour une raison quelconque, cet archipel ait joui d’une température comparable à celle de la Côte d’Azur, il est impossible qu’elles y aient poussé car à 1.500 km à l’intérieur du cercle polaire, la nuit règne 6 mois sans interruption, et le reste de l’année, le soleil se tient très bas au-dessus de l’horizon. Pourtant, on y a retrouvé non seulement des arbres fossiles et du charbon, mais aussi des coraux qui ne croissent qu’en eau tropicale ; la Méditerranée, même à la hauteur de l’Egypte ou du Maroc est trop froide pour eux... Or, ils ont prospéré le long des côtes du Spitzberg ! De nos jours, on peut y contempler leurs immenses colonies recouvertes de neige. Même en faisant remonter la formation de ces madrépores au passé le plus lointain, le problème de leur croissance n’est pas résolu.

A une certaine époque, les coraux vivaient tout le long des côtes de l’Amérique du Nord ( Alaska, Canada et Groenland ) - on les voit encore, pétrifiés. Plus tard, au tertiaire, les figuiers fleurissaient à l’intérieur du cercle arctique ; des forêts de séquoias, conifères géants de Californie, s’étalaient du détroit de Béring au Nord du Labrador. « Il est difficile d’imaginer les conditions climatiques qui ont permis à ces arbres de pousser si près du pôle, privés de soleil pendant plusieurs mois de l’année ». On prétend qu’autrefois le climat était identique sur la totalité du globe et que la caractéristique « des périodes chaudes qui ont constitué la plus grande partie des temps géologiques était la faible différence de température entre les régions équatoriales et les régions polaires ». A cela, dans son livre Climate through the Ages, Brooks répond : « Tant que l’axe de rotation reste à peu près dans sa position actuelle relativement au plan de l’orbite terrestre autour du Soleil, la limite extérieure de l’atmosphère dans les régions tropicales doit recevoir plus de chaleur solaire que les latitudes moyennes, et les latitudes moyennes plus que les régions polaires ; c’est une loi invariable... Il est très difficile de concevoir une cause susceptible d’élever la température de ces régions de 15°, ou davantage, tandis que celle des régions équatoriales resterait la même ».

L’Antarctique est plus grand que l’Europe, Russie occidentale comprise. Il n’y a pas d’arbres, aucun buisson, pas le moindre brin d’herbe ; on n’y a trouvé que très peu de moisissures. Les textes des explorateurs polaires n’y mentionnent pas d’autres animaux que de rares insectes extrêmement dégénérés. Les manchots et les mouettes y viennent en traversant la mer. Ce continent, soumis à de fréquentes tempêtes d’une violence inouïe, est presque totalement recouvert de glace qui, en certains endroits, descend jusqu’à l’océan. Au cours de son expédition de 1907-1909, Shackleton a trouvé du bois fossile dans le grès d’une moraine par 85°5’ de latitude Sud. Il a également rencontré des blocs erratiques de granit sur les flancs du volcan Erebus. Puis il découvrit 7 veines de charbon, à 15° seulement du pôle ; elles varient entre 1 et 2 mètres d’épaisseur. Des morceaux de grès contenant du bois de conifères sont mêlés à cette houille. Les terres de l’Antarctique, elles aussi, ont dû donner naissance jadis à de grandes forêts.

Le paléoclimatologue a choisi un problème aussi difficile à résoudre que celui de la quadrature du cercle ; il semble en effet que cette discipline se résume à un ensemble de questions non résolues et même insolubles. Sans un ou plusieurs changements notables du parcours orbital de notre planète ou de l’inclinaison de son axe - ou les deux conjugués - les conditions qui ont permis à des plantes tropicales de se développer dans les régions polaires n’auraient pas pu exister. Que l’incrédule essaie de cultiver du corail au pôle Nord !

 Les Baleines sur les montagnes

Les squelettes de deux baleines ont été découverts dans les marais du Michigan. Comment ces animaux marins y sont-ils parvenus ? Les cétacés ne se déplacent pas sur la terre ferme, ils n’utilisent pas les icebergs comme moyen de transport, et la glace en mouvement ne les aurait pas amenés au milieu d’un continent. En outre, leurs ossements ont été trouvés dans des dépôts post-glaciaires. Il y aurait donc eu une mer à l’emplacement du Michigan après la dernière glaciation, c’est-à-dire il y a quelques milliers d’années seulement ? Pour l’expliquer on a supposé qu’à ce moment les Grands Lacs faisaient partie d’un bras de mer. Maintenant ils sont à une altitude de 177 mètres.

Des os de baleines ont été trouvés à 135 mètres au-dessus du niveau de la mer, au Nord du lac Ontario ; le squelette d’une autre baleine a été découvert dans le ...( SUITE DANS LE LIVRE )

Du même auteur :
- Œdipeet Akhenaton, Ed. Robert Laffont, 1986
- Mondes en Collision, Jardin des Livres 2003, dispo.

- Earth in Upheaveal © 2004 heirs of Dr I. Velikovsky Les Grands Bouleversements Terrestres © 2004 Le Jardin des Livres ® pour la traduction française.

ÉditionsLe jardin des Livres ®

Extrait du livre "avec l’autorisation des Editions Le Jardin des Livres" .

- pour plus d’infos sur le livre... rdv sur leur site :
http://www.lejardindeslivres.com/in...



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